La passementerie : galons, franges, glands et embrasses

La passementerie regroupe les garnitures décoratives en fils : galons, franges, glands, embrasses et pompons, appliqués en bordure des étoffes et de l'ameublement. Né de l'art du passement, ce métier de corporation, glorieux sous Louis XIV puis le Second Empire, est aujourd'hui rare.

Passementerie : galons, franges, glands et embrasses, garnitures décoratives en fils

La passementerie, qu'est-ce que c'est ?

La passementerie est l'art de fabriquer des garnitures décoratives à partir de fils : des galons, des franges, des glands, des embrasses, des pompons et des cordons. Ces ornements ne sont pas tissés avec l'étoffe. On les fabrique à part, puis on les applique en bordure d'un vêtement, d'un rideau ou d'un fauteuil. C'est une garniture rapportée.

On la présente souvent comme la sœur décorative de la broderie. Les deux subliment le textile, mais par des chemins opposés.

Passementerie, broderie ou dentelle : quelle différence ?

Trois arts du fil, trois logiques. La broderie décore l'étoffe de l'intérieur, point après point, à l'aiguille. La passementerie, elle, est une garniture fabriquée séparément, puis cousue sur le bord. La dentelle, enfin, est une étoffe ajourée qui se suffit à elle-même. Les trois sont proches : passement était même un ancien mot pour désigner la dentelle.

Un exemple parlant, sur un rideau : la broderie orne le tissu lui-même, la dentelle en forme l'ourlet ajouré, et la passementerie ajoute le galon du bord, l'embrasse et son gland. Trois techniques, trois rôles, sur une seule fenêtre.

Les grandes familles d'ornements

Derrière le mot passementerie se cache tout un vocabulaire. Voici les ornements que l'on croise le plus souvent.

  • Galon : bande tissée plate, unie ou ornée, pour les bordures, les coutures et les uniformes.
  • Frange : bordure de fils pendants, au bas des rideaux, des coussins et des châles.
  • Gland : élément ovoïde suspendu à un cordon, au bout des embrasses, sur les clés ou les coussins.
  • Embrasse : lien qui retient un rideau sur le côté, sur les rideaux et les tentures.
  • Pompon : touffe de fils ronde, sur les accessoires, les coiffes et les coussins.
  • Cordon et cordelière : fil tressé ou torsadé, pour les ceintures, les contours et les finitions.

Le galon, souvent tissé comme un ruban, se rapproche du jacquard ; les pièces les plus riches mêlent soie et fils métalliques.

Bon à savoir : gland et embrasse vont souvent de pair. L'embrasse à gland, qui retient un rideau tout en le terminant d'une houppe, est l'une des pièces les plus emblématiques du métier.

On distingue deux familles. Les ornements linéaires, comme le galon, la frange ou le cordon, courent le long d'une bordure. Les ornements ponctuels, comme le gland, le pompon ou la rosace, marquent un point précis. Un même rideau combine souvent les deux : un galon qui borde, une embrasse qui retient et un gland qui ponctue.

D'où vient le mot passementerie ?

Le mot vient de passement, un terme ancien qui désignait une bande plate d'ornement, et parfois une petite dentelle d'or ou de soie que l'on cousait au bord d'un vêtement. L'artisan qui la fabrique est le passementier.

Au XVIIIe siècle, l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert définit déjà la passementerie comme l'art d'exécuter un grand nombre de petits ouvrages appelés passements. Le mot dit tout : la passementerie, c'est l'art du bord, de la lisière et de la finition, ce supplément d'ornement qui transforme une étoffe ordinaire en pièce d'exception.

Un métier d'art très français

La corporation des passementiers

En France, les passementiers formaient une corporation à part entière, l'un des grands corps de métiers de l'Ancien Régime. Pour devenir maître, il fallait un apprentissage d'au moins sept ans. Le gland fut historiquement leur premier ouvrage, avant les franges, les cordons et les galons. Le métier se subdivisait en de nombreuses spécialités, chacune jalouse de son savoir-faire, sous le patronage de saint Louis. L'art atteint son apogée au XVIIe siècle, sous Louis XIV, dans le faste des grandes tentures et des appartements royaux.

Lyon et Saint-Étienne, capitales du fil

La passementerie française s'est concentrée dans deux villes. Lyon, capitale de la soie, pour la passementerie d'habillement et d'ameublement. Saint-Étienne, capitale du ruban, pour la rubanerie. À la veille de la crise des années 1880, la seule région stéphanoise comptait près de sept mille ouvriers passementiers.

L'apogée du Second Empire

Le XIXe siècle offre un second âge d'or à la passementerie, cette fois dans l'ameublement. Sous Napoléon III, elle est partout : franges à profusion, sièges capitonnés, tables juponnées, grandes embrasses à glands retenant les rideaux. Le style Second Empire fait de la garniture un art du détail poussé jusqu'à l'excès.

Comment fabrique-t-on la passementerie ?

La passementerie repose sur quelques gestes anciens, restés presque inchangés. Chaque type d'ornement a sa technique.

  • Le tissage : galons et rubans naissent sur un métier étroit, parfois un métier Jacquard pour les motifs les plus riches.
  • Le tressage et la torsion : les cordons et les cordelières s'obtiennent en tressant ou en tordant plusieurs fils ensemble.
  • Le nouage : glands, pompons et houppes se montent en nouant puis en garnissant les fils autour d'une âme.
  • L'effilage : les franges se créent en laissant pendre des fils, coupés ou bouclés, le long d'une bordure.

Le fil guipé, enroulé autour d'une âme centrale, apporte tenue et éclat. Selon la pièce, l'artisan combine soie, laine, coton et fils métalliques. C'est ce mélange de gestes simples et de matières nobles qui donne à la passementerie son air de bijou textile.

Où trouve-t-on la passementerie aujourd'hui ?

Le métier a failli disparaître. À la fin du XIXe siècle, Lyon comptait des milliers de passementiers ; un siècle plus tard, ils n'étaient presque plus. Le style contemporain, épuré, a longtemps tourné le dos aux franges et aux glands. La passementerie reste pourtant bien vivante sur trois terrains.

  • En ameublement : rideaux, embrasses, coussins, abat-jour et fauteuils capitonnés restent son terrain de jeu naturel.
  • En mode : galons militaires, brandebourgs, uniformes d'apparat et pièces de haute couture perpétuent le savoir-faire.
  • En métier d'art : quelques ateliers français font vivre une passementerie de luxe, faite main, classée parmi les savoir-faire rares.

On la marie volontiers aux étoffes d'ameublement classiques, comme le chintz glacé ou les tissus tissés serrés.

Loin d'être un simple décor suranné, la passementerie est redevenue un marqueur de luxe et de patrimoine. On la retrouve dans la restauration des monuments historiques, les théâtres, les grandes maisons de décoration et la couture, partout où le détail fait la différence.

Comment reconnaître une belle passementerie ?

Quelques repères aident à juger la qualité d'une garniture.

  • La matière : la soie apporte la brillance, la laine la profondeur, le coton la robustesse ; les fils métalliques signent les pièces les plus riches.
  • La main : une passementerie faite main, aux nouages réguliers et aux glands bien garnis, n'a pas le rendu figé d'une production mécanique.
  • La cohérence : une embrasse, sa frange et son gland doivent dialoguer avec l'étoffe qu'ils accompagnent, jamais l'écraser.

Méfiez-vous des garnitures trop parfaites : une régularité mécanique trahit souvent une production bon marché. Une belle passementerie garde la légère irrégularité de la main. Côté entretien, elle demande de la douceur : un dépoussiérage délicat, jamais un lavage agressif qui déformerait les glands et les franges.

Ce qu'il faut retenir

  • Une garniture rapportée : galons, franges, glands et embrasses, fabriqués à part puis appliqués en bordure.
  • Cousine de la broderie : l'une décore l'étoffe à l'aiguille, l'autre l'habille par le bord.
  • Un métier très français : corporation des passementiers, apprentissage de sept ans, capitales à Lyon et Saint-Étienne.
  • Deux âges d'or : le faste de Louis XIV, puis l'ameublement du Second Empire ; un métier d'art rare aujourd'hui.

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Questions

Qu'est-ce que la passementerie ?

La passementerie est l'art de fabriquer des garnitures décoratives en fils, comme les galons, les franges, les glands, les embrasses et les pompons. On les fabrique à part, puis on les applique en bordure d'un vêtement ou d'un tissu d'ameublement : c'est une garniture rapportée, et non une décoration cousue dans l'étoffe.

Quelle différence entre la passementerie et la broderie ?

La broderie décore l'étoffe de l'intérieur, point par point, à l'aiguille. La passementerie est une garniture fabriquée séparément, puis appliquée sur le bord du tissu. Les deux subliment le textile, mais la broderie travaille dans l'étoffe tandis que la passementerie l'habille par la bordure.

Qu'est-ce qu'une embrasse ?

Une embrasse est un lien de passementerie qui sert à relever un rideau ou une draperie sur le côté, en son milieu. Souvent terminée par un gland ou une houppe, elle est l'une des pièces les plus emblématiques de la passementerie d'ameublement.

Qu'est-ce qu'un gland en passementerie ?

Le gland est un élément décoratif de forme ovoïde, suspendu au bout d'un cordon. Il fut historiquement le premier ouvrage des passementiers. On le retrouve au bout des embrasses, sur les coussins, les clés ou les tentures.

Pourquoi la passementerie est-elle liée à Lyon et Saint-Étienne ?

Lyon, capitale de la soie, a longtemps concentré la passementerie d'habillement et d'ameublement. Saint-Étienne s'est spécialisée dans le ruban, la rubanerie. Avant la crise des années 1880, la région stéphanoise comptait près de sept mille ouvriers passementiers.

La passementerie existe-t-elle encore aujourd'hui ?

Oui, mais c'est devenu un métier d'art rare. Après un fort déclin au XXe siècle, quelques ateliers français perpétuent une passementerie de luxe, faite main, pour l'ameublement haut de gamme, la restauration du patrimoine et la haute couture.

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