Retournez une veste de qualité et regardez sa doublure lustrée: il y a de fortes chances qu'elle soit en acétate. Discrète, cette fibre imite la soie à petit prix, mais elle cache aussi quelques fragilités surprenantes.
Ce guide fait le point sur l'acétate: ce que c'est, comment on le fabrique, ses qualités et ses limites, sa différence avec la viscose, et comment en prendre soin.
L'acétate textile, c'est quoi ?
L'acétate est une fibre artificielle, c'est-à-dire une fibre fabriquée à partir d'une matière naturelle, la cellulose, mais profondément transformée par la chimie. Il ne faut pas la confondre avec les fibres synthétiques issues du pétrole.
Concrètement, on part de cellulose de bois ou de linters de coton, que l'on fait réagir avec de l'acide acétique, le composant du vinaigre. On obtient l'acétate de cellulose, une matière que l'on peut filer en fibre, mouler en objet ou couler en film.
On la croise plus souvent qu'on ne le pense: dans les doublures, bien sûr, mais aussi dans les robes de soirée, les rubans, les parapluies ou les rideaux.
Née au début du XXe siècle, l'acétate a d'abord été vendue comme une soie artificielle. Elle sera longtemps classée avec la viscose sous le nom de rayonne, avant d'obtenir sa propre catégorie à part entière en 1952.
On la doit notamment aux frères suisses Henri et Camille Dreyfus, dont la société British Celanese lance la production commerciale du fil, sous le nom de Celanese, en 1921. Après la guerre, l'acétate connaît un vrai succès, avant de céder du terrain dès les années 1950 face au polyester, moins cher et plus résistant.
Comment fabrique-t-on l'acétate ?
La fabrication de l'acétate suit toujours les mêmes grandes étapes, à mi-chemin entre la papeterie et la chimie.
- L'acétylation: la cellulose est traitée à l'acide acétique et à l'anhydride acétique, ce qui la transforme en flocons d'acétate de cellulose.
- La dissolution: ces flocons sont dissous dans un solvant, l'acétone pour l'acétate courant, jusqu'à obtenir une solution visqueuse.
- Le filage à sec: la solution est extrudée à travers une filière; l'air chaud évapore le solvant et solidifie les filaments.
Cette technique du filage à sec distingue l'acétate de la viscose, qui, elle, est solidifiée dans un bain liquide. La matière obtenue peut ensuite être coupée, texturée ou bobinée selon l'usage visé.
Longtemps, un obstacle a freiné l'acétate: on savait le filer, mais pas le teindre avec les colorants de l'époque. La solution est venue de colorants spéciaux, dits dispersés, mis au point pour cette fibre récalcitrante.
Acétate ou triacétate : quelle différence ?
Sous le mot acétate se cachent en réalité deux fibres proches, selon le degré de transformation de la cellulose.
L'acétate courant, ou diacétate, est le plus répandu. Soluble dans l'acétone, il est plus économique à produire, mais plus sensible à la chaleur. C'est lui que l'on trouve dans la plupart des vêtements.
Le triacétate, plus complètement acétylé, résiste mieux à la chaleur et aux traitements chimiques: on peut le plisser durablement et le repasser plus facilement. En revanche, il perd de sa résistance une fois mouillé, et sa production, plus polluante, a largement décliné.
On a beaucoup employé le triacétate pour les jupes plissées et le linge sans repassage, ainsi que comme support de films photographiques et cinématographiques, avant que d'autres matières ne le remplacent.
Les propriétés de l'acétate
Si l'acétate a séduit la mode, c'est pour son allure. Mais ses qualités ont un revers.
- Soyeux et lustré: l'acétate a un toucher doux, un tombé fluide et un bel éclat, très proche de la soie.
- Léger et infroissable: il ne se froisse pas facilement et sèche vite, ce qui le rend agréable à porter.
- Peu absorbant: il retient peu l'humidité, un atout pour le séchage, mais il tient moins chaud et respire mal.
- Thermosensible: il fond à la chaleur; un fer trop chaud le brûle ou le lustre définitivement.
- Fragile et soluble: faible une fois mouillé, il se dissout dans l'acétone, celle du dissolvant à ongles notamment.
- Statique: comme beaucoup de fibres peu absorbantes, il a tendance à accumuler l'électricité statique.
En somme, l'acétate offre le luxe visuel de la soie, mais il se manie avec soin. C'est un beau textile d'apparence, un peu moins un textile de grande résistance.
À quoi sert l'acétate ?
Grâce à son lustre et à son prix modéré, l'acétate a trouvé sa place partout où l'on cherche l'allure de la soie sans son coût.
- Les doublures: c'est son usage roi; son beau lustre glisse sur les autres vêtements et habille l'intérieur des vestes et manteaux.
- Les vêtements légers: robes de soirée, chemisiers, lingerie et vêtements fluides, souvent en satin ou en taffetas d'acétate.
- La décoration: rideaux, doublures de rideaux et couvre-lits, où son tombé et son éclat font merveille.
- Les usages techniques: au-delà du vêtement, l'acétate de cellulose sert aux filtres de cigarettes, aux montures de lunettes et aux films photo.
Fait surprenant: une grande partie de l'acétate de cellulose produit dans le monde ne finit pas en vêtement, mais en filtres de cigarettes, devenus de loin son principal débouché industriel aujourd'hui.
Acétate ou viscose : ne pas confondre
L'acétate et la viscose sont cousines: toutes deux sont des fibres artificielles tirées de la cellulose. Mais leur chimie et leur comportement diffèrent nettement.
La viscose est une cellulose régénérée: on dissout la cellulose puis on la reforme, sans changer sa nature. L'acétate, lui, est une cellulose modifiée chimiquement, transformée en un composé nouveau. C'est cette différence qui explique tout le reste.
Résultat: la viscose absorbe mieux l'humidité, se teint plus facilement et supporte mieux le repassage, mais se froisse davantage. L'acétate est plus lustré, plus infroissable et sèche plus vite, mais il craint la chaleur et les solvants. On les mélange d'ailleurs souvent pour combiner leurs atouts.
En pratique, pour un vêtement de tous les jours qui doit absorber la transpiration, la viscose est souvent plus adaptée; pour une doublure fluide et brillante, l'acétate garde l'avantage.
L'acétate est-il écologique ?
L'acétate suscite parfois la méfiance. La réalité est nuancée, entre origine naturelle et transformation chimique.
Bon point: l'acétate part d'une ressource renouvelable, la cellulose du bois, comme le lyocell. Il est techniquement biodégradable, à la différence des fibres synthétiques du pétrole.
Le bémol: sa fabrication reste chimique et consommatrice de solvants, et sa biodégradation est très lente. Quant à sa réputation toxique, elle est largement exagérée: porter de l'acétate n'a rien de dangereux, c'est surtout une fibre fragile, pas un poison.
Comme souvent, tout dépend de l'usage: une doublure durable et bien entretenue vaut mieux qu'une pièce jetable, quelle que soit sa fibre. La vraie question écologique est moins la matière que la durée de vie du vêtement.
Comment entretenir l'acétate ?
Fragile, l'acétate demande quelques précautions simples pour ne pas l'abîmer.
- Privilégiez le nettoyage à sec: de nombreux vêtements en acétate le recommandent; sinon, lavez à froid, à la main et avec douceur.
- Repassez à très basse température: la fibre fond à la chaleur; utilisez le réglage le plus doux, idéalement sur l'envers avec une pattemouille.
- Fuyez l'acétone: jamais de dissolvant à ongles ni de solvant fort sur de l'acétate, cela troue littéralement le tissu.
- Séchez à plat, à l'ombre: évitez le sèche-linge et le plein soleil; suspendu mouillé, l'acétate se déforme facilement.
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