Le mulesing, c'est quoi exactement ?
Le mulesing consiste à découper des bandes de peau en croissant autour de l'arrière-train et de la queue d'un agneau, aux cisailles, généralement entre 6 et 10 semaines, selon la description de la RSPCA australienne. La cicatrice qui se forme ne porte plus de laine ni de plis : elle retient moins l'humidité et les déjections qui attirent les mouches.
La pratique doit son nom à John Mules, un éleveur australien qui l'a mise au point dans les années 1930, après avoir observé qu'une brebis accidentellement entaillée à la tonte ne subissait plus d'attaques de mouches à cet endroit.
L'intervention a lieu pendant le marquage des agneaux, maintenus sur le dos dans un berceau métallique, en même temps que la coupe de queue, la castration et le baguage d'oreille. Elle se fait sans anesthésie préalable. Un traitement antidouleur peut être administré après, mais il n'est pas systématique et sa durée ne couvre pas celle de la cicatrisation.
Pourquoi cette pratique existe-t-elle ?
Parce que la myiase, ou flystrike, est réelle et mortelle. Les mouches pondent dans les plis humides de l'arrière-train ; les oeufs éclosent en 12 à 24 heures et les larves se nourrissent de la chair vivante de l'animal. Sans traitement, l'infestation tue.
Les mérinos australiens y sont particulièrement exposés : croisés à la fin du XIXe siècle avec des mérinos du Vermont à peau lâche, ils ont développé une toison très plissée, productive en laine et idéale pour les mouches. Avec 68 millions de moutons et 90 % de la laine fine utilisée par l'industrie de la mode selon la presse agricole, l'Australie a fait du mulesing sa réponse de masse.
L'efficacité n'est pas contestée : la pratique divise par environ 13 la probabilité de myiase de l'arrière-train. C'est le prix de cette efficacité qui l'est.
Pourquoi le mulesing est-il si contesté ?
D'abord l'échelle : environ 10 millions d'agneaux mérinos sont mulesés chaque année en Australie selon la RSPCA, qui rappelle que les éleveurs australiens sont les seuls au monde à pratiquer le mulesing en routine.
Ensuite la douleur. Des travaux cités par les organisations de protection animale la comparent à celle d'une castration, ressentie au moins 48 heures ; la période de plus grand inconfort dure environ deux semaines, le temps de la cicatrisation. Seuls deux Etats australiens, le Victoria et la Tasmanie, imposent légalement un antidouleur.
La profession a évolué : selon une enquête de 2017 auprès de 1 200 éleveurs de mérinos, 83 % des agneaux mulesés recevaient une analgésie ou une anesthésie, le Tri-Solfen étant le produit le plus utilisé. Et la pratique recule : d'après une étude Australian Wool Innovation de 2021, 52 % des éleveurs de mérinos la pratiquent sur les agnelles et 44 % sur les agneaux, contre 70 % et 63 % en 2017. Mais l'industrie avait aussi promis en 2004 d'abandonner la pratique fin 2010, promesse abandonnée en 2009.
Depuis 2024, des ONG comme Four Paws poussent même à renommer la pratique live lamb cutting, découpe d'agneau vivant, pour sortir de l'euphémisme technique.
Qui l'interdit, qui l'encadre ?
La Nouvelle-Zélande est le seul grand pays lainier à l'avoir interdit : le mulesing y est illégal depuis le 1er octobre 2018, via sa réglementation sur le bien-être animal, après une décennie de sortie progressive engagée en 2007.
En Australie, la pratique reste légale et relève du choix de l'éleveur, avec des codes qui l'interdisent au-delà de 12 mois d'âge. En 2020, une proposition de loi pour l'interdire en Nouvelle-Galles du Sud à l'horizon 2022 a été bloquée par le syndicat des producteurs de laine. En Europe, la question ne se pose pas dans les élevages : elle arrive par la laine importée. Un pull mérinos vendu en France peut provenir d'un agneau mulesé sans que rien ne l'indique.
C'est pour cela que le sujet est devenu un dossier de marque plus qu'un dossier d'élevage : la pression vient des acheteurs de laine, pas des législateurs australiens. La presse agricole française elle-même parle d'une pratique en sursis.
Comment garantir une laine sans mulesing ?
Trois familles d'outils existent, de la plus exigeante à la plus déclarative :
- Les certifications. Le Responsible Wool Standard (RWS) et le label néo-zélandais ZQ excluent le mulesing et auditent les fermes sur les Five Freedoms du bien-être animal. Ce sont les références que citent les marques engagées.
- Les engagements de marque. Plus de 185 marques se sont positionnées contre le mulesing selon Four Paws : Icebreaker, première marque outdoor entièrement sans mulesing, Ortovox et sa Wool Promise, Patagonia, Adidas, Kathmandu, ou Hugo Boss qui vise des costumes sans mulesing depuis 2025.
- La déclaration nationale australienne (National Wool Declaration), où l'éleveur déclare le statut mulesing de sa laine. Utile en amont de filière, mais déclarative.
Pourquoi la sortie est-elle si lente ? Parce que les alternatives immédiates coûtent cher : tondre régulièrement les zones sensibles demande de la main-d'oeuvre, les insecticides coûtent et posent leurs propres risques, et les agneaux abattus jeunes peuvent être protégés chimiquement pendant leur courte fenêtre d'exposition, pas les brebis gardées des années.
La solution de fond, défendue par la RSPCA, est génétique : élever des mérinos à peau lisse, naturellement résistants à la myiase, ce qui rend le mulesing inutile. Certains troupeaux australiens ont déjà fait cette transition. Notre article sur la laine détaille les qualités de la fibre elle-même.
Ce que le mulesing change pour une marque
Pour une marque française, le mulesing est un cas d'école de devoir de vigilance : un risque de bien-être animal enfoui au fond d'une chaîne d'approvisionnement, invisible sur le produit fini, et documenté publiquement depuis des années.
C'est aussi un terrain d'allégations environnementales à manier avec précision : afficher une laine éthique ou responsable sans certification vérifiable expose au grief d'allégation trompeuse. Une mention laine sans mulesing doit pouvoir citer son standard.
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