Doux, léger, avec ce halo brillant qui capte la lumière: le mohair est l'une des fibres les plus reconnaissables du vestiaire d'hiver. Pourtant, on le confond sans cesse avec l'angora ou le cachemire.
Le mohair n'est ni de la laine de mouton, ni du poil de lapin. C'est la toison d'une chèvre bien particulière, la chèvre Angora, dont le nom sème d'ailleurs une belle confusion.
Ce guide fait le tour du mohair: ce qu'il est, d'où il vient, comment le distinguer de l'angora et du cachemire, ses qualités et ses limites, la question de son éthique, et comment l'entretenir.
Qu'est-ce que le mohair ?
Le mohair est une fibre textile naturelle issue de la toison de la chèvre Angora. C'est une laine au sens large, c'est-à-dire une fibre animale, mais elle ne vient ni du mouton ni du lapin: elle est tondue sur cette chèvre à poils longs et soyeux.
On le reconnaît à son lustre. Le mohair est plus brillant que la laine de mouton, plus léger et plus lisse, avec cette texture vaporeuse qui forme un halo autour du fil.
C'est une fibre longue, résistante et élastique, qui prend très bien la teinture: les couleurs y paraissent plus vives et plus profondes que sur la plupart des autres laines.
Le mohair est utilisé depuis des siècles pour les pulls, écharpes, gilets et plaids, souvent mélangé à d'autres fibres pour renforcer le fil ou en accentuer le halo.
Mohair, angora et cachemire : ne pas confondre
Ces trois fibres de luxe se ressemblent par la douceur, mais viennent de trois animaux différents. C'est la confusion la plus fréquente, et la plus facile à lever.
- Le mohair. La toison de la chèvre Angora. Fibre longue, brillante et résiliente, plus chaude et plus nerveuse que le cachemire.
- L'angora. Le poil du lapin Angora, un tout autre animal. Extrêmement doux et duveteux, mais fragile et très léger, à ne surtout pas confondre avec le mohair malgré le nom commun.
- Le cachemire. Le sous-poil fin de la chèvre cachemire. Plus fin et plus doux que le mohair (environ 12 à 18 microns contre 25 à 40), mais moins brillant et moins résistant.
Le piège vient du mot Angora, qui désigne à la fois une race de chèvre (d'où le mohair) et une race de lapin (d'où l'angora). Deux animaux, deux fibres, un seul nom d'origine.
Face à une étiquette, retenez la règle simple: mohair égale chèvre Angora, angora égale lapin, cachemire égale chèvre cachemire. Le mohair et le cachemire sont d'ailleurs deux poils de chèvre distincts.
D'où vient le mohair ? la chèvre Angora
La chèvre Angora est originaire d'Anatolie, l'actuelle Turquie. Son nom, comme celui de la fibre, vient d'Angora, l'ancien nom d'Ankara, la région où elle était historiquement élevée.
Le mot mohair lui-même vient de l'arabe mukhayyar, qui désigne une étoffe de poil de chèvre choisie. La fibre voyage donc avec un vocabulaire vieux de plusieurs siècles.
Aujourd'hui, la production s'est déplacée. L'Afrique du Sud fournit à elle seule plus de la moitié du mohair mondial, devant les États-Unis, surtout le Texas, et la Turquie d'origine.
La chèvre Angora, longtemps protégée par la Turquie, a été exportée au XIXe siècle vers l'Afrique du Sud et le Texas, deux terres au climat sec qui lui conviennent. C'est ainsi que le centre de production a quitté l'Anatolie pour l'hémisphère sud.
La fibre se récolte par la tonte, en général deux fois par an. Une chèvre Angora produit quelques kilos de mohair par an, ce qui, à l'échelle mondiale, reste une production rare comparée à la laine de mouton.
Le mohair demeure une fibre de niche: sa production mondiale se compte en dizaines de milliers de tonnes, une goutte d'eau face aux millions de tonnes de laine de mouton produites chaque année.
Le kid mohair : une question d'âge
Toutes les toisons de chèvre Angora ne se valent pas. La finesse du mohair dépend surtout de l'âge de l'animal: plus la chèvre est jeune, plus sa fibre est fine et douce.
- Le kid mohair. La première tonte des jeunes chèvres, la plus fine et la plus douce, autour de 24 à 30 microns. Le superfine kid, plus fin encore, est le grade le plus recherché.
- Le mohair de jeune chèvre. Un cran au-dessus en diamètre, encore souple et agréable, pour des tricots de qualité.
- Le mohair adulte. Le plus épais, de 30 à 36 microns et plus, plus nerveux et parfois grattant. Il sert davantage aux plaids, tapis et étoffes d'ameublement.
C'est pourquoi une étiquette kid mohair annonce une matière plus douce et plus chère qu'un simple mohair. Le mot kid ne dit pas seulement l'âge de l'animal, mais un niveau de finesse.
Le grade le plus fin, dit super kid, provient de la toute première tonte et se réserve aux tricots les plus doux et les plus chers. À l'autre bout, les toisons les plus grossières partent vers le tapis et l'ameublement.
Cette logique rejoint celle de la laine de mouton, où l'agneau donne une fibre plus fine que l'adulte. Chez la chèvre Angora, la jeunesse est aussi un gage de douceur.
Mohair, cachemire, angora, laine : le comparatif
Pour choisir en connaissance de cause, rien ne vaut de placer les quatre grandes fibres animales côte à côte. La finesse se mesure en microns: plus le chiffre est bas, plus la fibre est douce.
- Le mohair. Chèvre Angora, 24 à 40 microns (kid 24 à 30). Brillant, chaud, résilient et solide, il prend très bien la couleur; l'adulte peut gratter et il peluche un peu. Prix élevé.
- Le cachemire. Sous-poil de la chèvre cachemire, environ 12 à 18 microns. La douceur reine, chaud et mat, mais fragile, sujet au boulochage et le plus cher au poids.
- L'angora. Poil du lapin Angora, environ 12 à 16 microns, la fibre la plus fine du lot. Duveteux, ultraléger et très chaud grâce à son poil creux, mais fragile, il perd ses poils et son éthique est très discutée.
- La laine de mouton. Selon la race, de 18 à 40 microns: le mérinos figure parmi les plus fines et les plus douces, les laines communes grattent davantage. Chaude, élastique et de loin la plus abordable.
En clair: le cachemire et l'angora misent sur la douceur, le mohair sur l'éclat et la solidité, la laine sur le rapport qualité-prix. Chaque fibre a son terrain, et le mohair reste le seul à offrir ce lustre et cette nervosité.
Comment reconnaître un vrai mohair ?
Le mohair est rarement pur: il se vend le plus souvent en mélange, et de l'acrylique se glisse parfois sous le nom. Quelques réflexes évitent les mauvaises surprises.
- Lire l'étiquette et le pourcentage. Un pull en mohair titre souvent 30 à 40% de mohair, complété de laine et de polyamide. Ce n'est pas un défaut: le nylon renforce une fibre fragile et limite le boulochage.
- Se méfier des faibles taux. Un pourcentage de mohair très bas, ou un mélange dominé par l'acrylique, trahit une pièce d'entrée de gamme qui n'aura ni la chaleur ni la tenue attendues.
- Le halo et le lustre. Le vrai mohair forme un halo vaporeux et renvoie la lumière d'un éclat soyeux; l'acrylique imite le flou mais reste terne et un peu plastique.
- Le toucher et le poids. Léger, chaud et un peu nerveux sous la main, le mohair se distingue de l'acrylique, plus lourd, plus lisse et sans vie.
Le mélange n'a donc rien de honteux, au contraire: bien dosé, il rend le mohair plus solide et plus facile à vivre. L'essentiel est de vérifier le pourcentage réel plutôt que de se fier au seul mot mohair.
Les qualités du mohair
Si le mohair traverse les modes depuis si longtemps, c'est grâce à un ensemble de propriétés que peu de fibres réunissent.
- La brillance. Son lustre naturel donne aux tricots un éclat soyeux et fait ressortir les couleurs, un atout unique parmi les laines.
- La légèreté et la chaleur. Le mohair est isolant tout en restant léger: il tient chaud sans le poids d'une grosse laine.
- La résilience. La fibre résiste au froissement et reprend sa forme; un tricot de mohair marque peu et vieillit bien.
- Le halo. Ses fibres longues forment cette auréole vaporeuse caractéristique, très recherchée sur les pulls et les écharpes.
- La respirabilité. Le mohair régule l'humidité et laisse la peau respirer, ce qui le rend confortable sans surchauffe.
- La résistance au feu. Comme la laine, le mohair est naturellement peu inflammable, un atout apprécié pour l'ameublement et les sièges.
Le mohair est aussi apprécié pour sa solidité: c'est l'une des fibres animales les plus résistantes, ce qui explique qu'on le mélange souvent pour renforcer des fils plus fragiles.
Les défauts et limites du mohair
Le mohair a aussi ses contreparties, utiles à connaître avant d'acheter.
- Le grattant. Le mohair adulte, plus épais, peut gratter la peau sensible; seul le kid mohair reste vraiment doux à même la peau.
- Le halo qui perd. Cette auréole si jolie a un revers: le mohair peluche et perd un peu de fibres, surtout au début.
- Le prix. Fibre rare et récoltée en petites quantités, le mohair de qualité, kid en particulier, coûte cher.
- L'entretien délicat. Comme toute fibre animale, il demande des précautions au lavage pour ne pas feutrer ni se déformer.
- La sensibilité aux mites. Fibre animale, le mohair attire les mites comme la laine et demande un rangement protégé.
Ces limites n'enlèvent rien à ses qualités: elles invitent surtout à bien choisir son grade et son mélange selon l'usage, un pull près du corps ou un plaid.
Le mohair est-il éthique ?
Comme toutes les fibres animales, le mohair pose la question du bien-être des bêtes. Le sujet est devenu sensible ces dernières années.
Des enquêtes menées dans des élevages, notamment en Afrique du Sud, ont dénoncé des conditions de tonte brutales. Plusieurs marques ont réagi en suspendant leurs achats de mohair.
En réponse, la filière a créé en 2020 le Responsible Mohair Standard, un référentiel censé garantir de meilleures pratiques d'élevage et de tonte. Il reste discuté par les associations de défense animale.
La question n'est pas propre au mohair: elle rejoint celle de toutes les fibres animales, de la laine au cachemire. L'enjeu est de savoir d'où vient la matière et comment l'animal a été traité, plus que de bannir une fibre par principe.
Pour un achat plus responsable, mieux vaut privilégier un mohair certifié, une origine tracée ou un producteur local transparent, plutôt que de se fier au seul mot mohair sur l'étiquette.
Comment entretenir le mohair ?
Le mohair s'entretient comme une laine délicate, avec quelques gestes simples qui prolongent sa beauté.
- Le lavage. À la main ou en programme laine, à l'eau froide et avec une lessive douce, sans frotter ni essorer fort, pour éviter le feutrage.
- Le séchage. À plat, sur une serviette, loin d'une source de chaleur; suspendu, un tricot de mohair se déforme sous son propre poids.
- Le rangement. Plié plutôt que sur cintre, à l'abri des mites, éventuellement brossé doucement pour raviver le halo.
Un brossage doux, de temps en temps, avec une brosse adaptée à la laine, aère les fibres et ravive le halo caractéristique du mohair sans l'abîmer.
Un mohair bien traité garde son lustre et son gonflant des années. Comme pour toute belle fibre, l'entretien fait la différence entre un tricot qui dure et un tricot qui fatigue.
Fibre de luxe née d'une chèvre venue d'Anatolie, le mohair récompense qui sait le choisir et l'entretenir. Pour aller plus loin, comparez-le aux autres matières dans notre panorama des fibres textiles.