Une gomme, une paire de bottes, un fil élastique, un pneu, un imperméable: tous doivent leur souplesse au caoutchouc. Cette matière étrange, à la fois élastique et imperméable, sort pourtant d'un arbre.
Le caoutchouc est l'une des rares matières que la nature nous livre presque prête à l'emploi, sous la forme d'une sève laiteuse. Il a fallu un accident de laboratoire pour la rendre vraiment utile.
Ce guide raconte le caoutchouc: ce qu'il est, d'où il vient, comment on le transforme, sa place dans le textile, et pourquoi on le confond souvent avec le latex, l'élasthanne ou une plante d'intérieur.
Qu'est-ce que le caoutchouc ?
Le caoutchouc est une matière élastique et imperméable, obtenue à partir du latex, une sève végétale, ou fabriquée à partir du pétrole. C'est le matériau souple par excellence: il s'étire, revient, et ne laisse pas passer l'eau.
Sa propriété reine est l'élasticité: on peut l'étirer plusieurs fois sa longueur, il reprend sa forme. Peu de matériaux naturels en sont capables, et c'est ce qui l'a rendu irremplaçable.
Il existe deux grandes familles: le caoutchouc naturel, tiré de la sève de l'hévéa, et le caoutchouc synthétique, dérivé du pétrole. Les deux partagent la même élasticité, mais pas la même origine.
Dans le textile, le caoutchouc a longtemps été la seule source d'élasticité: le fil élastique de nos vêtements, avant les fibres modernes, était un fil de caoutchouc guipé.
D'où vient le caoutchouc naturel ?
Le caoutchouc naturel vient du latex de l'hévéa, un arbre tropical originaire d'Amazonie. On l'obtient par la saignée: une entaille dans l'écorce fait perler une sève blanche que l'on recueille dans un godet.
Ce mode de récolte a donné son nom à la matière. Caoutchouc vient d'un mot amérindien, cahutchu, qui signifie bois qui pleure, en référence à cette sève qui s'écoule de l'arbre entaillé.
Longtemps sauvage en Amazonie, l'hévéa a été transplanté par les Européens en Asie du Sud-Est à la fin du XIXe siècle. Aujourd'hui, la Thaïlande, l'Indonésie et le Vietnam fournissent l'essentiel du caoutchouc naturel mondial.
La production reste largement manuelle: la saignée se fait arbre par arbre, à l'aube, quand le latex coule le mieux. Chaque année, le monde produit environ 13 millions de tonnes de caoutchouc naturel.
Cette géographie n'a rien d'un hasard. Au XIXe siècle, l'Amazonie détenait le monopole du caoutchouc, et des villes comme Manaus s'enrichirent au rythme de la fièvre du caoutchouc.
Tout bascule dans les années 1870, quand des graines d'hévéa sont emportées du Brésil vers les jardins botaniques de Kew, à Londres, puis expédiées en Asie. Les plantations asiatiques y prospèrent et font vite chuter le monopole brésilien.
Comment transforme-t-on le latex en caoutchouc ?
Le latex récolté est d'abord coagulé, puis pressé et séché en feuilles: c'est le caoutchouc brut. Mais brut, il est inutilisable: collant à la chaleur, cassant au froid. Il lui manque une étape.
Cette étape est la vulcanisation, découverte par accident en 1839. En chauffant du caoutchouc mélangé à du soufre, on crée des ponts entre les molécules: la matière devient stable, élastique et résistante.
- Avant la vulcanisation. Le caoutchouc brut fond en été, durcit en hiver et reste poisseux. Ses premiers usages, imperméables et bottes, tournaient vite au fiasco.
- Après la vulcanisation. Le caoutchouc garde son élasticité à toute température, résiste à l'usure et se travaille en objets durables. C'est cette découverte qui a fait naître l'industrie du caoutchouc.
La vulcanisation reste aujourd'hui le procédé de base de tout caoutchouc, naturel comme synthétique. On y ajoute selon l'usage des charges, des pigments et des accélérateurs, mais le principe de Goodyear n'a pas changé.
Le caoutchouc naturel se vend sous deux formes: en balles de caoutchouc sec, pressé en feuilles fumées, et en latex concentré liquide, gardé pour les objets trempés comme les gants et les ballons. Chaque usage part de la forme qui lui convient.
Caoutchouc naturel ou synthétique ?
À côté du caoutchouc de l'hévéa existe tout une famille de caoutchoucs synthétiques, fabriqués à partir du pétrole. Ils sont nés au XXe siècle, quand la demande a dépassé ce que les hévéas pouvaient fournir.
- Le caoutchouc naturel. Issu du latex de l'hévéa, il offre la meilleure élasticité et résistance à la déchirure. C'est le caoutchouc des gants fins, des élastiques et des pneus haut de gamme.
- Le caoutchouc synthétique. Dérivé du pétrole, il se décline en dizaines de variétés taillées pour un usage précis: résistance aux huiles, à la chaleur ou aux intempéries.
Le néoprène, par exemple, est un caoutchouc synthétique: c'est lui qui donne aux combinaisons de plongée leur souplesse isolante. Beaucoup de matières techniques modernes sont ainsi des caoutchoucs de synthèse.
En pratique, les deux coexistent. Le naturel garde l'avantage pour l'élasticité pure et la biodégradabilité; le synthétique, pour la constance et la résistance à des agressions précises.
La part du synthétique n'a cessé de croître et dépasse aujourd'hui la moitié du caoutchouc consommé dans le monde. Mais pour les usages les plus exigeants en élasticité, rien ne remplace encore tout à fait le caoutchouc naturel.
Le caoutchouc dans le textile
Dans l'habillement, le caoutchouc n'est pas une fibre tissée, mais un apport de souplesse et d'étanchéité. Il intervient de plusieurs façons.
- Le fil élastique. Un fin fil de caoutchouc, gainé de fibres, donne son élasticité aux bords-côtes, ceintures, bretelles et sous-vêtements. C'est l'ancêtre de nos fibres extensibles.
- Le tissu enduit. Un textile recouvert de caoutchouc devient imperméable: c'est le principe des cirés, des bottes et des vêtements de pluie.
- La mousse et les semelles. Le caoutchouc expansé sert aux semelles, aux gants et aux textiles techniques qui demandent souplesse et rebond.
Cet usage a une date de naissance. En 1823, le chimiste écossais Charles Macintosh met au point le premier tissu vraiment imperméable en le prenant en sandwich autour d'une couche de caoutchouc. En Grande-Bretagne, un imperméable se dit encore un mackintosh.
Longtemps, le caoutchouc a donc été la seule élasticité disponible pour l'habillement. Il a depuis cédé beaucoup de terrain aux fibres synthétiques, plus fines et plus stables, comme l'élasthanne.
On en garde pourtant la trace partout: dans le rebond d'une semelle, l'étanchéité d'un ciré ou le maintien d'un bord-côte. Le caoutchouc a façonné l'idée même du vêtement souple et imperméable.
Caoutchouc, latex, élastique : ne pas confondre
Autour du caoutchouc gravitent plusieurs mots qu'on emploie souvent l'un pour l'autre. Les distinguer évite bien des malentendus.
- Le latex. C'est la sève liquide de l'hévéa, la matière première. Par extension, on appelle aussi latex le caoutchouc sous sa forme souple et mousseuse, comme dans un matelas en latex.
- Le caoutchouc. C'est le matériau solide et élastique obtenu après coagulation et vulcanisation du latex. Le latex est le liquide, le caoutchouc le solide.
- L'élastique. C'est le nom courant du fil ou du ruban de caoutchouc. Un élastique de bureau ou de couture est tout simplement du caoutchouc.
Un dernier faux ami: la plante caoutchouc, ou Ficus elastica, cette grande plante verte d'intérieur. Elle produit bien un latex, mais ce n'est pas d'elle qu'on tire le caoutchouc commercial, qui vient de l'hévéa.
Et attention aussi à l'élasthanne: malgré un rôle proche, ce n'est pas du caoutchouc mais une fibre synthétique dérivée du polyuréthane. Le caoutchouc et l'élasthanne apportent tous deux de l'élasticité, par des chemins chimiques différents.
Les qualités et défauts du caoutchouc
Le caoutchouc doit sa longue carrière à des qualités rares, mais il a aussi des faiblesses bien connues.
- Ses qualités. Une élasticité exceptionnelle, une imperméabilité totale, une bonne résistance à l'usure et une adhérence utile pour les semelles et les pneus.
- Ses défauts. Il craint la chaleur, les UV et l'ozone, qui le font craqueler et vieillir; le latex naturel provoque aussi des allergies chez certaines personnes.
La question écologique est plus nuancée qu'il n'y paraît. Le caoutchouc naturel est renouvelable et biodégradable, ce qui est rare pour une matière aussi performante.
Mais sa culture a un coût: l'expansion des plantations d'hévéas se fait parfois au prix de la déforestation et de monocultures. Le caoutchouc synthétique, lui, dérive du pétrole et ne se dégrade pas.
Le vieillissement du caoutchouc porte un nom: le périssage. Sous l'effet de l'ozone et de la lumière, il perd son élasticité, durcit et se fendille, ce qui explique qu'un vieil élastique ou un pneu oublié finisse par casser.
Comme souvent, le recyclage devient un enjeu: pneus et caoutchoucs usagés se broient et se réemploient, un sujet commun à beaucoup de textiles recyclables.
Où trouve-t-on le caoutchouc ?
Le caoutchouc est partout, souvent invisible, dès qu'il faut de la souplesse ou de l'étanchéité.
- L'habillement et la chaussure. Bottes, semelles, imperméables, fils élastiques, gants et bonnets de bain.
- Le sport et le technique. Combinaisons de plongée en néoprène, ballons, bandes de résistance, équipements de protection.
- La maison et l'industrie. Pneus, joints, tuyaux, tapis, gommes et une infinité de pièces techniques.
De la sève d'un arbre amazonien au pneu de nos voitures, le caoutchouc reste l'un des matériaux les plus utiles jamais domestiqués. Pour aller plus loin, parcourez notre panorama des fibres textiles et notre guide de l'industrie textile.